L'Agent Orange

Peinture de Vu Giang Huong
Agent Orange
" Agent Orange " est le nom commun d'un herbicide qui a été utilisé au Vietnam entre 1961 et 1971, pour la défoliation tactique des zones de végétation dense constituée de dicotylédones. L'utilisation de l'agent Orange visait à priver l'ennemi d'un couvert végétal de protection pouvant lui servir de lieu de camouflage et à protéger ainsi les troupes américaines et alliées contre les attaques surprises de l'ennemi. Ce produit est en fait un mélange de deux produits chimiques, soit le 2,4-D (acide 2,4-dichlorophénoxyacétique) et le 2,4,5-T (acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique). L'agent Orange était mélangé à du carburant diesel ou à du kérosène et était habituellement pulvérisé à une altitude de 150 pieds, par avion. On estime que 19 millions de gallons d'herbicides, dont plus de 12 millions de gallons d'agent Orange, ont été utilisés par les Forces armées américaines au Sud Vietnam, durant la guerre.
Les premières craintes suscitées par l'agent Orange sont venues de la contamination de ce produit par la TCDD (2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-p-dioxine) - la plus toxique des dioxines. On ne connaît toujours pas parfaitement l'étendue de l'exposition chez les 3,2 millions d'Américains qui ont servi au Vietnam, pas plus que les effets à long terme de ce produit sur la santé. Cependant, des chercheurs au Vietnam continuent de découvrir de nouveaux liens entre l'exposition aux herbicides et les problèmes de santé observés chez bon nombre d'anciens combattants et leurs descendants. À la suite de l'adoption de la loi Agent Orange Act en 1991, le Secretary of Veteran Affairs a été chargé de procéder à une évaluation complète des données scientifiques disponibles concernant les effets, sur la santé, des dioxines et autres composantes chimiques des herbicides. Depuis 1994, l'Institute of Medicine (IOM) a publié plusieurs rapports sur les risques pour la santé qui sont associés à l'agent Orange, chez les anciens combattants ayant servi au Vietnam. Ces rapports recommandaient par ailleurs que le Department of Veteran Affairs facilite la conduite d'autres études épidémiologiques menées par des chercheurs indépendants et des organismes non gouvernementaux.
La dioxine dans l'agent Orange s'accumule dans les cellules adipeuses des mammifères et est excrétée très lentement par l'organisme. Selon des chercheurs nord américains, le quart environ des dioxines utilisées durant la Guerre serait toujours présent dans l'environnement au Vietnam et le meilleur moyen de déterminer les effets de cette exposition serait de mener des recherches dans ce pays. En 1996, la National Academy of Sciences (NAS) a lancé un appel de propositions en vue de mettre au point un modèle d'exposition qui servirait de base à de nouvelles études épidémiologiques. Un système d'information géographique (SIG) a donc été conçu pour servir de méthode d'évaluation de l'exposition, à l'appui d'études épidémiologiques à grande échelle. Le SIG est une base de données relationnelle qui facilite l'évaluation de l'exposition en intégrant de vastes sources de données qui portent par exemple sur la dispersion des herbicides (c. à d., trajectoires, type de produit chimique, nombre de gallons appliqués) et l'emplacement des unités militaires et des populations civiles. Un logiciel transforme ensuite les données sur les emplacements, les troupes et les particuliers en des vecteurs formés d'indices du risque d'exposition. Le SIG permet de faire des calculs complexes sur l'exposition qu'il serait difficile d'effectuer par les méthodes arithmétiques simples. Stellman et al. ont analysé les données HERBS sur les trajectoires de vol des appareils Ranch Hand et ont constaté que les profils d'épandage des herbicides au Vietnam n'étaient pas uniformes. Des variations géographiques et temporelles ont en effet été observées au niveau de l'application des herbicides, les régions pulvérisées abritant à la fois des zones militaires et résidentielles.
En mars 2002, une conférence de quatre jours à Hanoï a réuni des toxicologues, des épidémiologistes et des spécialistes de l'environnement de 13 pays. À l'issue de la conférence, les États Unis et le Vietnam ont signé une entente qui prévoyait la mise en œuvre du premier programme de recherche conjoint visant à étudier les effets de l'agent Orange et de la dioxine sur la santé et l'environnement. En avril 2003, toutefois, aucun comité consultatif mixte devant assurer la gestion du projet n'avait encore été créé. Selon les porte parole américains, les autorités vietnamiennes n'ont pas encore désigné leurs représentants et n'ont pas répondu aux demandes d'information concernant la situation actuelle du programme au Vietnam. Qui plus est, l'absence d'un fonds spécial consacré à ce projet et la réticence de certains représentants des gouvernements américain et vietnamien à divulguer des renseignements sur l'ampleur des dommages ont amené certains experts à douter que ce projet puisse vraiment faire la lumière sur les effets de ce défoliant sur la santé et l'environnement
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Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la
population, Université d'Ottawa
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L’Agent Orange contient la Tétrachlorodibenzo-para-dioxine : la Dioxine TCDD, dite 2,3,7,8. à cause de sa composition moléculaire. Les dioxines sont constituées de 2 noyaux de benzène, 2 molécules d’oxygène et 2 molécules de chlore, de fluor ou de brome(quatre pour la variété la plus toxique).La Dioxine TCDD est le plus puissant poison connu - un million de fois plus toxique que le plus puissant poison naturel - et aussi le plus durable.
Une équivalence n’a rien de scientifique puisqu’elle s’appuie sur une donnée pour faire une projection comparative, cependant, si l’on accepte l’idée émise par les scientifiques que 2,5 Kg de dioxine de même nature que celle de Seveso peuvent tuer 500 000 personnes, la quantité (connue) déversée sur le Viêt Nam multipliée par le différentiel de toxicité avec la Dioxine TCDD dit que la quantité déversée sur le Viêt Nam est de l’ordre de 94 milliards de fois la dose supposée de Seveso, soit environ 100 000 milliards de fois la dose mortelle pour un être humain. Si une équivalence n’a rien de scientifique, elle a le mérite de frapper nos esprits pour saisir l’ampleur du désastre. (Une étude de 2002, de l’Université Columbia de New York, révèle que 80 g de dioxine versés dans le service d’eau d’une ville peuvent tuer 8 000 000 de ses habitants)
La Dioxine TCDD se mesure en picogramme, c’est à dire en millionième de millionième de gramme (10 puissance -12 gramme) Cette infinie petitesse lui assure une grande stabilité. Au Viêt Nam, elle est dans le sol, dans les eaux, dans les boues, dans les sédiments et passe ainsi dans la chaîne alimentaire. On la retrouve en grande quantité dans les graisses animales, viandes, lait, œufs et poissons. Les scientifiques ont crée une unité appelée TEQ - équivalent toxique - de façon à fixer une limite de toxicité pour la consommation des aliments. En France, la dose admise par kilo de poids corporel/jour pour une personne est de 1 à 4 picogrammes. Aux Etats-Unis, la dose admise est plus drastique, elle est de 0,0064 picogramme, c’est à dire 160 fois moins que la norme française. Au Viêt Nam, cette dose peut atteindre 900 picogrammes par Kilo de poids corporel/jour par personne.
Comment la dioxine pénètre dans l’organisme ? Le noyau d’une cellule est protégé par un "périmètre de défense" qui a le rôle d’empêcher les molécules n’ayant pas la structure requise de pénétrer le noyau et donc d’interférer avec son patrimoine génétique. Mais, au sein du cytoplasme cellulaire(c’est à dire l’ensemble des éléments de la cellule à l’exception du noyau) la dioxine se lie à une molécule naturellement présente dans toutes les cellules, le récepteur aryl-hydrocarbone, et va pouvoir pénétrer les défenses du noyau cellulaire en se "faisant passer" pour une hormone. C’est ce complexe dioxine-récepteur qui va brouiller les messages hormonaux de notre système endocrinien(c’est à dire l’ensemble des glandes endocrines à sécrétion interne rejetant la substance produite, appelée hormone, dans le sang) et va activer certaines régions de l’ADN, zones dites "sensibles aux dioxines" et entraîner ainsi l’effet toxique.
Effets invisibles aggravants :les vietnamiens pratiquent le culte des ancêtres de manière fervente.
Ils souhaitent une progéniture capable de perpétrer ce culte. Si ce n’est pas le cas, une grande culpabilité s’installe envers les aïeux. On comprend pourquoi des familles qui avaient un, deux, trois enfants atteints de handicaps lourds en ont conçu un quatrième, un cinquième et un sixième et parfois plus. On estime qu’un grand nombre de naissances ne sont pas répertoriées, les enfants sont "cachés". Il faut comprendre l’épouvantable torture mentale des parents. Sans oublier que lorsque la Dioxine TCDD ne parvient pas à traverser le placenta de la future mère et que l’enfant naît sain, la maman l’empoisonne en l’allaitant car le lait maternel est la seule voie de déstockage de la dioxine. De nouveau, pensons à la dévastation psychologique des mères. Ainsi des enfants naissent sans cerveau, avec deux têtes, sans yeux, avec des embryons de membres ou sans membres(phocomélie), avec les organes externalisés... Même les gens que l’on pense bien portant souffrent souvent de dermatoses(chloracnée, maladie de la peau caractérisée par des comédons, des kystes et papules ; hyperkératoses, hyperpigmentation, hirsutisme) Des troubles hépatiques(augmentation des transaminases dans le sang, et du taux de lipides) Troubles cardio-vasculaires. Atteinte de l’appareil urogénital. Troubles neurologiques(perte de la libido, migraines, neuropathies périphériques, atteinte des facultés sensorielles) Troubles psychiatriques(nervosité, insomnie, dépersonnalisation, dépression, suicide)
Aujourd’hui, au Viêt Nam, la troisième génération est là et les gens sains de corps et d’esprit engendrent encore des nouveau-nés monstrueux avec, parfois, les organes génitaux au milieu du visage. Le "Rapport Stellman" estime à 4 800 000 le nombre de victimes potentielles ou silencieuses . Ce chiffre ne tient pas compte des victimes empoisonnées ultérieurement par la chaîne alimentaire. Les victimes passées, présentes et à venir se comptent par millions.
L’utilisation de cette arme chimique de destruction massive, tératogène et indélébile, par l’armée américaine demande "réparation".
Lors de la visite de Bill Clinton au Viêt Nam en 1999, la première du genre depuis 1975, les responsables vietnamiens ont évoqué l’incommensurable malheur de l’Agent Orange. Madeleine Albrigth a "cimenté" la conversation en répondant qu’il faut des preuves scientifiques. C’est une façon de laisser le Viêt Nam seul y faire face. Une analyse pour rechercher la dioxine dans le sang coûte entre 3000 et 4000$. Comment le Viêt Nam qui cherche les moyens de son développement peut-il assumer pareil budget ?
La Constitution des Etats-Unis d’Amérique ne permet pas de se retourner contre des actes de guerre perpétrés par l’US Army, même s’ils ne sont pas "autorisés" par la Convention de Genève. Il reste les fabricants des défoliants qui, en connaissance de cause - dès 1965 des laboratoires américains établissent les conséquences de la dioxine sur des rats - et pour leur plus grande fortune, fournissent l’US Army. Parmi les 37 sociétés qui fabriquent le poison, certaines s’appellent Monsanto, Dow Chemical, Uniroyal, Diamond, Thompson, hercules... Le 31 janvier 2004, quatres jours avant que soient échus les 10 ans de levée de l’embargo qui interdiraient de ce fait tout recours selon la loi étasunienne, l’"Association des victimes de l’agent orange/dioxine Vietnam" et 5 victimes à titre personnel déposent une plainte au Tribunal de Première Instance de la justice fédérale américaine de New York dont le siège se trouve à Brooklyn-Est, Etat de New York. Au mois de septembre 2004, 22 autres victimes viennent s’ajouter à une liste qui risque d’être sans fin... Sous la plume de l’avocat vietnamien Le Duc Tiet, la plainte déposée par Constantine P. Kokkoris, avocat à New York, engage, selon Jack Weinstein magistrat responsable du procès, une grande et complexe procédure. Grande car il y a beaucoup de plaignants, beaucoup d’accusés et beaucoup de faits se déroulant pendant une longue période. Il y aura des implications économiques, financières et sociales. Ce procès sera complexe tant au point de vue juridiction appliquée que de juridiction théorique. Le procès des personnes impliquées dans l’Agent Orange sera une première dans l’histoire de la justice américaine, et un procès dont on n’a pas de précédent légal. Le 9 mars 2005, j’ai lancé le "Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange et au procès de New York" au Centre d’Accueil de la Presse Etrangère dans la Maison de Radio France, à Paris. Le lendemain, le 10 mars 2005, le magistrat Jack Weinstein(qui a défendu les vétérans US victimes de l’Agent Orange et obtenu "réparation")rejette la plainte des victimes vietnamiennes. Le 30 septembre 2005 sera déposé le dossiers des plaignants à la Cour d’Appel. Le 16 janvier 2006, remise du dossier de la défense. Fin février, remise du dossier de réponse des plaignants. Premier mars 2006, rejet ou oral. Ca sent la Cour suprême. En ce moment, elle subit une recomposition. Est-ce en vue de... En effet, si les victimes vietnamiennes venaient à gagner au nom de toutes les victimes de l’Agent Orange(victimes du Viêt Nam, du Laos, du Cambodge, vétérans US, de Corée du Sud, de Nouvelle-Zélande, d’Australie, celles qui vivent autour du point de stockage aux Philippines)ainsi que de la décontamination des territoires, la porte serait alors ouverte aux victimes de l’Uranium Appauvri d’Afghanistan, des Balkans, d’Irak...
André Bouny, père d’enfants vietnamiens
ftp://ftp2.esj-lille.fr/esjlille/agent-orange-fr.pdf
http://www.youtube.com/watch?v=t_dfaIccgLg